• Les meuniers de Fillé

     
     
     
     
     
    moulin de la Beunêche du XVI° siècle.
     
     



    IL FAUT PRÉCISER QU'A FILLÉ, IL EXISTAIT DEUX MOULINS : LE MOULIN DU BOURG (devenu récemment moulin de Cyprien) et le MOULIN DE LA BEUNÊCHE - BIEN QUE CE DERNIER SOIT PLUTÔT SITUÉ SUR LA COMMUNE VOISINE DE ROËZE - (à la limite exactement des deux communes FILLÉ et ROËZE).   TOUS LES DEUX ONT ÉTÉ CONSTRUITS AU 16° SIÈCLE. MAIS, SI LE MOULIN DU BOURG A ÉTÉ RÉCEMMENT RÉNOVÉ pour devenir LE MOULIN DE CYPRIEN, celui de la BEUNÊCHE, hélas, est en très mauvais état.
      Il existait également auprès du moulin de la Beunêche un barrage-chaussée ainsi qu'un passage par bac avec accès par Mondan pour ceux qui se rendaient sur le territoire de la commune de Guécelard.    

    Les premiers moulins à eau se multiplient à l'époque carolingienne, précédant les moulins à vent dont l'usage ne se généralise qu'à partir du XII°siècle.

    L'installation d'un moulin, surtout à eau, nécessite un investissement important que seule l'aristocratie est seule à supporter. C'est donc le seigneur qui édifie le bâtiment et qui en garde le monopole. En vertu du droit de ban, il oblige le paysan à l'utiliser et à lui donner en paiement une part du grain.

    L'étendue du ressort de chaque moulin, la banlieue, est fixée à la distance qu'un âne chargé peut parcourir en une demi-journée.

    Le prélèvement, appelé émollument, effectué par le meunier sur le blé à moudre ou sur la farine, correspond en général à 1/24 de la farine de la mesure moulue. Un droit de mouture ou de moultage, peut être perçu par les ministériaux du seigneur mais bien souvent, les fermiers-meuniers conservent pour eux l'ensemble ou partie de la redevance versée.

    Les pages des registres d'état-civil de la commune de Fillé sont émaillées de noms de meuniers (voir GENEANET) Nous avons relevé les noms des familles de meuniers qui ont résidé au moulin du bourg. Cependant, les archives révèlent la présence de deux autres grandes familles de meuniers demeurant à l'époque sur la commune, les GARREAU et les BONHOMMET.

    Le 25 Avril 1756, Guillaume HOUDAYER quitte l'exploitation du moulin banal de Fillé. Le
    notaire de ROËZE, René BELLANGER, le qualifie de "meusnier fermier des grands moulins de fillé".(1)

    Cette grande famille
    de meuniers se partagent les moulins de la seigneurie et ceux des seigneuries voisines. Ainsi, à la même période, le moulin de la Beunêche est occupé par Pierre HOUDAYER (2).

    Guillaume est remplacé au moulin par Jean BROSSIER meunier et "fermier moderne".
    Le 25 Avril 1762, Julien DUVEAU le remplace et loue à Louis François DANIEL DE BEAUVAIS lequel est le nouvel acquéreur du Gros Chesnay.

    Le 1er Novembre 1767, Louis BIGOT succède au couple DUVEAU(3). Il s'engageait auprès de DANIEL DE BEAUVAIS, après s'être marié et apporte la preuve de son mariage, à remplacer Julien DUVEAU et à prendre en charge les travaux inhérents au moulin. Louis BIGOT prit l'engagement de fonder une famille et au terme de son bail, il quitte le moulin avec sa petite famille.

    Le 25 Avril 1776, un nouveau meunier Michel MENON (4) s'installe et décède le 11 Février de l'année suivante. Le recensement général des revenus des contribuables de tous les domaines de la paroisse de Fillé précise la nature du bien que DANIEL DE BEAUVAIS loue à la veuve Menon :

    "La maison des grands moulins dudit Fillé, plusieurs autres bâtiments en dépendant, dont l'un desquels sont les deux roues, trois moulages et autres ustensilles d'iceux, cour, jardins, terres labourables (...) contenant en tout onze journaux et demy et sis hommées de pré tant en bon fond qu'en fond médiocre"(5).

    La veuve d
    e Michel Menon, Anne Lejards, garde en location le moulin mais en confie le rendement à un garçon meunier, Gilles BROSSIER. Quand à elle, elle se charge de la gestion de la ferme.

    Le 28 Octobre 1781, Gilles épouse Anne LOISON, fille d'un tisserand de GUÉCELARD et lui procure un statut de meunier à part entière puisqu'elle lui permet d'acquérir l'exploitation du moulin du Ronneau occupé auparavant par ses parents et sis sur la commune de Fillé.
       


    Débardage de bois avec un cheval de trait près du moulin de Fillé

    Le 13 Mars 1783, René PORTIER est le nouveau meunier de Fillé.

    Si la majorité des meuniers de Fillé savent lire et écrire et parmi eux, Julien DUVEAU, Louis BIGOT, les MENON, Gilles BROSSIER, René PORTIER fait exception. En revanche sa femme signe régulièrement les registres.

    De tous les meuniers du XVIII° siècle, René PORTIER restera le plus longtemps au moulin du bourg. Rapidement, lui-même et sa femme prennent place dans la vie sociale filléenne. Françoise  donne naissance à une petite-fille, en 1784, qui a pour parrain le boulanger, Jacques TANCHOT. L'enfant succombe cinq mois plus tard et est enterrée au cimetière de Fillé, le 15 Avril 1785.

    René PORTIER est témoin au mariage de Joseph RENOUL, garçon meunier avec Marie HÉRISSON, veuve d'un vigneron. Le curé ACHARD précise dans l'acte de mariage que René, la première personne mentionnée avant les familles elles-mêmes, est l'ami du marié.

    Les liens entre gens de la profession sont extrêmement serrés, il y a autant d'honneur et d'intérêt pour le journalier travaillant au moulin à avoir le meunier pour parrain de son fils, autant pour le meunier à avoir le boulanger pour parrain de son fils.

    Acteur essentiel de la vie économique locale et protagoniste de la sociabilité villageoise, le meunier René PORTIER termine ce XVIII° siècle à la direction du moulin de Fillé. Les garçons meuniers et les journaliers se succèdent sous ses ordres et leur vie familiale ainsi que les grands moments de leur existence sont marqués par la présence de ce personnage public et celle de son aimable épouse.

    N.B. Le Meunier, entre le Moyen-Age et la révolution devient un personnage important, aisé et jalousé. Il a droit au titre de Mâitre car bien qu'issu du peuple, il côtoie le seigneur et les notables.

    Certains, s'élevant dans l'échelle sociale ont fonder de véritables dynasties. Des vignerons-meuniers en Anjou, notamment. Le duc de Brissac pense avoir pour ancêtre un meunier surnommé "Brise-sac", allusion à son habitude de briser les sacs de blé pour y prélever une part illicite du grain...

    René est encore là à l'aube de l'empire. Agé de 67 ans, il marie la seconde fille de son premier mariage à un tailleur de pierre filléen, âgé de 44 ans, Mathieu GAULTIER. Au mariage assiste l'un des amis du marié, agé de 28 ans et demeurant à Fillé, il s'appelle : René PORTIER, sa profession : meunier...  

    Au XVIII° siècle, le moulin est pourvu de deux roues, entraînant chacune une paire de meules à broyer, l'une le seigle, l'autre le froment.




     
    Le 24 Juin 1816, le moulin est baillé au profit du meunier Benoit JULIEN pour 1432 Francs.

    On l'a vu au précédent paragraphe que le moulin de Fillé avait été déclaré bien national à la révolution mais racheté le 26 Mars 1799 par Adélaide Victoire DANIEL DE BEAUVAIS, la fille de François DANIEL DE BEAUVAIS alors en fuite.

    En 1813, il est effectué une réparation au pertuis (porte marinière) près du moulin ;
         


    Lors de la rénovation du moulin en 2007, le blason a été conservé.


    Le 19 Décembre 1852, à la mort d'Adélaide, le moulin est racheté par René LIVACHE qui s'y installe avec son épouse.

    En 1852, le moulin est définitivement séparé du Gros Chesnay et devient propriété du meunier René LIVACHE tandis que les préparatifs des travaux du canal reliant FILLÉ à ROËZE s'activent car entre-temps, le meunier et les mariniers ne font pas bon ménage... En effet, des conflits ont toujours éclaté entre les mariniers et les meuniers, les premiers étant accusés de faire "perdre de l'eau" aux seconds lorsque l'ouverture de la porte marinière vidait le bief.

    En 1860, le moulin se voit adjoindre un moulin à trèfles.

    En 1846 et 1866, des inondations firent d'importants dégâts matériels.    

    En 1900, le moulin est racheté par Cyprien COSNIER, son fils GEORGES  lui succèdera et ensuite son petit-fils Raoul qui deviendra le dernier meunier. C'est en hommage à Cyprien Cosnier que 100 ans plus tard, à la demande de son petit-fils Raoul, on donnera le nom de moulin "CYPRIEN" au moulin de Fillé.   

     



    Le moulin laissé à l'abandon pendant près de vingt ans après le départ de Raoul sera, quatre cent trente années après sa construction, loué par la commune grâce à la persévérance de son maire G. CHOISNET puis propriété "intercommunale" dans les années 2000 car définitivement racheté par la CDC où il prendra le nom de "MOULIN DE CYPRIEN" du nom du grand-père du dernier meunier.


     


    Historique des Moulins de la Sarthe

    D'après une plaquette éditée par le Conseil Général de la Sarthe à l'occasion des QUATRE JOURS DU MANS en septembre 2002

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     


    (Suite)

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     


    (Suite)



     

    moulin de FILLE (peinture de CHRISTIANE CHOISNET) d'après photo

     



    EXTRAITS D'UNE PLAQUETTE EDITEE PAR LE CONSEIL GENERAL DE LA SARTHE A L'OCCASION DES "4 JOURS DU MANS" en SEPTEMBRE 2002.



     

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